Gaz : la guerre au Moyen-Orient prolonge les tensions de marché d'au moins deux ans
Source · Bureau Énergie
— Résumé
L'Agence internationale de l'énergie (AIE), dans son premier rapport trimestriel intégrant la guerre en Iran, estime que la production mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL) — gaz refroidi à environ -160 °C pour être transporté par méthanier — a chuté de 8 % en mars. La fermeture du détroit d'Ormuz a privé les marchés mondiaux d'environ 20 % des volumes de GNL. Les chargements au Qatar et aux Émirats arabes unis ont reculé de 9,5 milliards de mètres cubes en mars sur un an, soit la quasi-totalité de leur production.
L'Amérique du Nord a partiellement compensé la chute. L'usine de liquéfaction de Plaquemines, en Louisiane, est montée en puissance entre octobre 2025 et février 2026, contribuant à elle seule à la moitié de la croissance mondiale de l'offre ; les capacités globales ont progressé de 12 % et le commerce effectif de 9,5 % (28 milliards de mètres cubes). L'Asie a néanmoins absorbé l'essentiel du choc — 85 % du gaz qatari et émirati y allait en 2025 : les importations pakistanaises ont reculé de 70 %, celles de la Chine de 30 %. Les prix spot asiatiques ont bondi de 55 % en mars contre 35 % en Europe.
L'AIE projette que la « nouvelle vague » mondiale de GNL sera retardée d'au moins deux ans. Le Qatar, gravement endommagé, mettrait quatre ans à retrouver le niveau attendu, alors que de nouvelles capacités y devaient entrer en service d'ici 2030. Chaque mois supplémentaire de fermeture d'Ormuz amputerait la fourniture mondiale d'environ 10 milliards de mètres cubes. Source : Les Echos, 24 avril 2026, Nicolas Rauline.
Gaz : la guerre au Moyen-Orient prolonge les tensions de marché d’au moins deux ans
L’histoire en une phrase : l’AIE estime que la fermeture du détroit d’Ormuz a déjà retiré 20 % de l’offre mondiale de GNL, et que la « nouvelle vague » d’offre prévue pour 2027-2030 sera retardée d’au moins deux ans.
Chiffres clés
-8 % : production mondiale de GNL en mars sur un an.
20 % : volumes de GNL mondiaux retirés du marché par la fermeture d’Ormuz.
-9,5 Mds m³ : recul des chargements Qatar + Émirats en mars sur un an, soit la quasi-totalité de leur production.
-10 Mds m³ : approvisionnement mondial perdu par mois supplémentaire de fermeture d’Ormuz.
Asie : -70 % au Pakistan, -30 % en Chine d’importations GNL ; 85 % du gaz qatari et émirati allait à l’Asie en 2025.
+55 % en Asie / +35 % en Europe : hausse des prix spot du gaz en mars.
4 ans : délai de remise à niveau attendu pour le Qatar.
Pourquoi c’est important
Trois lectures. D’abord, le marché du gaz devient bipolaire : l’Amérique du Nord — Plaquemines en Louisiane, Corpus Christi au Texas, deux nouveaux trains au Canada — capte 90 % des nouvelles capacités l’hiver dernier. Ensuite, l’Asie supporte l’essentiel du choc, ce qui se répercute sur ses politiques industrielles et son charbon. Enfin, le retard de la « nouvelle vague » signifie que le scénario de baisse des prix anticipé par les marchés pour 2027-2030 est repoussé : l’AIE rappelle que le redémarrage post-Ormuz se compte « en semaines », pas en jours, le temps de remettre en service les trains de liquéfaction.
Conclusion
Pour l’industrie européenne, la facture gaz reste élevée durablement. À surveiller : la trajectoire des nouveaux projets nord-américains et le calendrier réel du Qatar, pivot du marché mondial du GNL.
Source : Les Echos, 24 avril 2026, Nicolas Rauline.