Arabelle s'arme pour la relance nucléaire avec une nouvelle usine à Chalon-sur-Saône
Source · Bureau Énergie
— Résumé
Arabelle Solutions, filiale d'EDF spécialisée dans les turbines et circuits pour réacteurs nucléaires, va investir 100 millions d'euros à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) pour internaliser la production des échangeurs thermiques destinés aux six futurs réacteurs EPR2 français. Le projet, dévoilé lundi par le ministre de l'Industrie Sébastien Martin et la ministre de l'Énergie Maud Bregeon, doit créer 160 emplois. Les travaux démarreront début 2027 sur l'ancienne friche de l'usine Nordeon/Philips, et la production des grands réchauffeurs et sécheurs surchauffeurs — cylindres de 25 mètres pesant entre 220 et 270 tonnes — débutera en 2030.
Le calendrier ne couvre pas la première paire d'EPR2 prévus à Penly (Seine-Maritime), dont la mise en service est désormais reportée à 2038. EDF assure néanmoins qu'Arabelle « fournira les échangeurs des six premiers réacteurs », sans préciser les sites de production. À côté de Chalon, l'industriel a déjà engagé une extension à 350 millions d'euros de son usine historique de Belfort, qui fabriquera des turbines pour les réacteurs britanniques d'EDF, pour Westinghouse en Pologne et pour les EPR2. Arabelle prévoit de recruter 600 personnes par an d'ici à 2030, dont 70 % en France.
Le choix de Chalon répond aussi à une logique d'écosystème : Framatome (ex-Areva NP) y emploie déjà 1 300 personnes, et plusieurs milliers en Saône-et-Loire (forge du Creusot, usine de Saint-Marcel). Les deux groupes se sont engagés à ne pas se débaucher mutuellement par un « gentlemen's agreement », alors que la filière nucléaire française prévoit 100 000 embauches d'ici à 2035 (Gifen). Source : Les Echos, 26 avril 2026, Amélie Laurin.
Arabelle s’arme pour la relance nucléaire avec une nouvelle usine à Chalon-sur-Saône
L’histoire en une phrase : Arabelle Solutions, filiale d’EDF, met 100 millions d’euros à Chalon-sur-Saône pour produire en interne les échangeurs thermiques des six futurs EPR2 français.
Chiffres clés
100 M€ : investissement annoncé à Chalon-sur-Saône, créant 160 emplois ; production en 2030.
350 M€ : extension parallèle de l’usine historique d’Arabelle à Belfort.
6 réacteurs EPR2 prévus en France ; 1ʳᵉ paire à Penly désormais attendue en service en 2038.
25 mètres / 220–270 tonnes : dimensions des échangeurs (réchauffeurs et sécheurs surchauffeurs) à produire à Chalon.
600 recrutements/an prévus par Arabelle d’ici 2030, 70 % en France.
100 000 embauches prévues d’ici 2035 dans la filière nucléaire française (Gifen).
1 300 salariés Framatome déjà sur le site de Chalon.
Pourquoi c’est important
Trois lectures. D’abord, EDF tente de tourner la page du rachat controversé de l’ex-branche énergie d’Alstom par GE en internalisant des compétences (les échangeurs étaient jusque-là sous-traités à des Européens). Ensuite, la concentration géographique en Bourgogne-Franche-Comté — Chalon, Le Creusot, Saint-Marcel — crée un cluster industriel rare en France, avec un risque de tension sur la main-d’œuvre que le gentlemen’s agreement Arabelle-Framatome essaie de désamorcer. Enfin, le glissement de calendrier (Penly en 2038) montre que la relance nucléaire est un programme de long cours, dont le retour économique se mesure en décennies, pas en trimestres.
Conclusion
L’usine de Chalon est un test du pari industriel français sur le nucléaire : capacité à former, à internaliser, et à tenir un programme de plusieurs décennies. À surveiller : le calendrier réel des EPR2 et les premières livraisons de Belfort vers le Royaume-Uni et la Pologne.