Automobile : la France rétrograde au 5ème rang européen
Source · Bureau Automobile
— Résumé
L'industrie automobile française est passée au 5ème rang européen en volume de production. En 2025, les usines hexagonales ont assemblé environ 986 000 voitures, en hausse de 15,5 % sur un an grâce à un rebond post-crise, mais encore loin des 3,7 millions de 2002. La France est désormais dépassée par l'Allemagne (4,03 millions), l'Espagne (1,77 million), la République tchèque (1,44 million) et la Slovaquie (1,07 million). Sa part dans la production automobile européenne est tombée à environ 9 %, contre 11 % en 2013.
Les causes sont structurelles. Les constructeurs français — Stellantis (PSA–FCA) et Renault — ont progressivement délocalisé la fabrication des petites voitures, celles qui faisaient la fierté du site France, vers l'Espagne, le Maroc, la République tchèque et la Slovaquie, où le coût du travail et l'énergie sont significativement moins chers. Le haut de gamme est resté ailleurs : la R5 électrique de Renault, succès commercial de 2024-2025, est produite à Douai, mais la Peugeot 208 est assemblée en Slovaquie, la Citroën C3 en Slovaquie également et à Trnava. La fermeture de l'usine Stellantis de Poissy, annoncée dans les jours qui viennent, symbolise cette bascule. Le site, qui produit la DS3 et la DS4, ne sera pas remplacé par un nouveau modèle.
Le tableau n'est pas uniformément sombre. La R5 et la R4 électriques de Renault rencontrent la demande européenne, et la France reste le siège de la R&D et du design des deux groupes. Mais la tendance de fond est claire : la France est devenue un marché de distribution plus qu'un pays producteur. Le rééquilibrage supposerait soit une baisse marquée des coûts de production, soit un avantage technologique durable (électrique, hydrogène, logiciel), soit une politique industrielle coordonnée avec l'Allemagne au sein de l'UE. Les trois manquent. Source : Les Echos, 20 avril 2026, Julien Dupont-Calbo et al.
L’histoire en une phrase. La France a produit environ 986 000 voitures en 2025, plus de quatre fois moins qu’en 2002, et glisse au 5ème rang européen derrière l’Allemagne, l’Espagne, la République tchèque et la Slovaquie.
Chiffres clés
Production française 2025 : ~986 000 véhicules, +15,5 % sur un an.
Production française 2002 : ~3,7 millions de véhicules.
Production allemande 2025 : 4,03 millions.
Production espagnole 2025 : 1,77 million.
Production tchèque 2025 : 1,44 million.
Production slovaque 2025 : 1,07 million.
Part française dans la production européenne : ~9 % (contre 11 % en 2013).
Fermeture annoncée : usine Stellantis de Poissy (DS3, DS4).
Pourquoi c’est important
La désindustrialisation automobile française n’est plus un phénomène cyclique, c’est une trajectoire. Les petits modèles, qui représentaient le cœur de la production hexagonale, ont été déplacés vers des géographies à moindre coût ; les modèles haut de gamme ne sont pas revenus pour compenser. Le rebond de 15,5 % en 2025 est flatteur mais trompeur : il se mesure contre une base 2024 effondrée et ne change pas la tendance décennale. À l’échelle européenne, la production automobile s’est déplacée vers le centre et l’est du continent, où les coûts d’énergie, de main-d’œuvre et de logistique ferment le dossier avant même d’ouvrir la négociation avec les constructeurs.
Pour la chaîne de valeur française, les conséquences sont lourdes. Les équipementiers (Valeo, Forvia, Plastic Omnium) suivent leurs clients hors du territoire ; les salariés français voient leurs sites conservés au prix d’une activité R&D plutôt que production ; l’État perd à la fois des cotisations sociales et un argument stratégique pour faire pression à Bruxelles sur les règles CO₂. Le succès de la R5 électrique à Douai montre qu’une relance est possible, mais elle resterait cantonnée aux véhicules électriques à forte valeur ajoutée — un segment structurellement plus petit en volume que le marché thermique qu’il remplace.
Ce qu’il faut retenir
La France n’est plus un pays producteur automobile au sens traditionnel. À surveiller : l’annonce officielle sur Poissy, le plan Stellantis pour la Peugeot 208 suivante, et les arbitrages 2026 de Renault sur les Clio et Captur. L’avenir du site français se joue ligne par ligne, modèle par modèle — et à l’heure actuelle, les décisions vont dans le mauvais sens.
Source : Les Echos, 20 avril 2026, Julien Dupont-Calbo et al.