Wall Street lève le voile sur plus de 120 Mds$ d'exposition au crédit privé
Résumé
Les plus grandes banques américaines ont profité de la publication de leurs résultats du T1 pour chiffrer leur exposition aux fonds de crédit privé — essentiellement des prêts aux Business Development Companies (BDC) cotées, particulièrement malmenées en Bourse —, alors que le Conseil de stabilité financière (FSB) s'apprête à publier un rapport sur le sujet. Les montants divulgués totalisent plus de 120 Mds$ : JPMorgan environ 50 Mds$, Wells Fargo 36 Mds$, Citigroup 22 Mds$, Bank of America environ 20 Mds$. « Il faudrait des pertes très importantes sur le crédit privé pour que les banques soient touchées », a assuré Jamie Dimon, qui juge le risque « non systémique ». Les fonds de crédit privé font face à d'importantes demandes de retrait, certains plafonnant les sorties ; David Solomon (Goldman Sachs) a limité ces tensions aux investisseurs particuliers et précisé que la banque avait levé 10 Mds$ pour ces stratégies au T1, en soulignant une demande institutionnelle toujours forte. Larry Fink (BlackRock) fait la même distinction : les institutionnels augmentent leurs allocations, portés par l'élargissement des spreads et un taux de défaut dans la fourchette historique. Moody's prévient toutefois que les vulnérabilités pourraient s'aggraver à mesure que les échéances 2026-2028 se refinancent à des conditions moins favorables, en particulier sur les prêts aux éditeurs de logiciels exposés à l'IA. La SEC se veut rassurante (« Si tu ne supportes pas la chaleur, sors de la cuisine »), mais le Trésor américain aurait envoyé un questionnaire à l'industrie pour cartographier sa performance et ses liens avec banques et assureurs. Source : Les Échos, 15 avril 2026 — Bastien Bouchaud.
L'Avis de Delfineo
Cet article des Échos complète naturellement notre brief sur les 33 Mds$ de rachats d'actions record des grandes banques américaines au T1. La même dynamique de profits qui a financé ces rachats doit maintenant encaisser un stress test venu du crédit privé — la classe d'actifs où les banques ont prêté avec enthousiasme aux BDC. L'exposition de 50 Mds$ de JPMorgan dépasse à elle seule le rachat d'actions trimestriel de la banque (8,3 Mds$). Les points à surveiller sur les noms bancaires que nous suivons : (i) les refinancements des BDC logicielles en 2026-2028, (ii) la réponse au questionnaire du Trésor, (iii) si le stress sur les BDC contraint les banques à reconstituer les coussins de capital que la Fed s'apprête à alléger.