Croissance française à l'arrêt au premier trimestre, le choc énergétique frappe les ménages
Source · Bureau Économie
— Résumé
Le PIB français a stagné au premier trimestre, a annoncé l'Insee jeudi — bien en deçà du +0,2 % que l'institut tablait fin mars. Le frein vient d'un repli de l'investissement dans la construction (contrecoup des dépenses pré-municipales) et du commerce extérieur, qui retire 0,7 point de croissance : les exportations chutent de 3,8 % (livraisons Airbus rabotées par la pénurie de moteurs), les importations seulement de 1,7 %. La demande intérieure n'apporte rien, la consommation des ménages recule de 0,1 % et l'investissement total de 0,4 %.
L'inflation a franchi le seuil des 2 % en avril à +2,2 % sur un an (contre +1,7 % en mars), poussée par une facture énergétique en hausse de 14,2 %. L'économie a détruit 11 400 emplois au T1 après 20 900 supprimés le trimestre précédent. La nouvelle prévision gouvernementale de +0,9 % pour 2026 apparaît déjà optimiste : l'acquis fin juin ne sera que de 0,5 %, ce qui suppose +0,3 % par trimestre jusqu'en fin d'année. Le baril de Brent est au-dessus de 124 dollars alors que Bercy travaille sur 100 dollars puis 80 dollars ; Maxime Darmet, d'Allianz Trade, voit désormais la croissance annuelle à "0,7 à 0,8 %, même si le conflit s'arrête rapidement".
Les ménages freinent déjà : la consommation de biens recule de 0,6 % sur le trimestre malgré un rebond de 0,7 % en mars. Les entreprises font face à un horizon qui s'assombrit, et Fabien Bossy, chef économiste France de Société Générale CIB, juge que les espoirs d'un rebond à plus de 1 % cette année sont "douchés" par la hausse du pétrole. Le scénario noir d'Allianz Trade — une contraction au T3 et au T4 — se joue si le trafic dans le détroit d'Ormuz ne se normalise pas avant début juin. Source : Les Echos, 30 avril 2026, Nathalie Silbert.
Croissance française à l’arrêt au premier trimestre, le choc énergétique frappe les ménages
L’histoire en une phrase : le PIB français a stagné au T1 2026 contre une prévision Insee de +0,2 %, alors que l’inflation d’avril est montée à 2,2 % et que le baril a cassé l’hypothèse Bercy de 100 dollars.
Chiffres clés
Croissance T1 : 0,0 % (vs +0,2 % anticipé par l’Insee fin mars)
Inflation avril : +2,2 % (vs +1,7 % en mars), énergie +14,2 %
Brent : plus de 124 $/bbl vs hypothèse Bercy de 100 → 80 dollars
Acquis de croissance fin juin : 0,5 % — il faut +0,3 % par trimestre pour tenir l’objectif
Pourquoi c’est important
Le commerce extérieur fait l’essentiel du dégât : les exports baissent de 3,8 % en partie à cause de livraisons Airbus rabotées par la pénurie de moteurs. L’autre couche, c’est le choc énergétique — les prix de l’énergie ont bondi de 14,2 % en avril et la diffusion vers l’alimentaire, puis les biens manufacturés et les services, est ce que tous les économistes interrogés anticipent. Conséquence politique : la pression monte pour que le gouvernement étoffe les dispositifs d’aide, alors même que les finances publiques sont décrites comme “exsangues”.
Le scénario noir est explicite. Si le trafic dans le détroit d’Ormuz ne se rétablit pas d’ici début juin, Maxime Darmet (Allianz Trade) anticipe une contraction au T3-T4. Des taux plus élevés dans ce scénario resserreraient le crédit, pénalisant l’immobilier et l’investissement des entreprises.
À retenir
L’objectif officiel de 0,9 % pour 2026 suppose trois trimestres consécutifs à +0,3 %, du T2 au T4. Avec un Brent à plus de 120 dollars, presque aucun économiste cité ne le juge plausible. À surveiller : le détroit d’Ormuz, le prochain indicateur Insee, et la prochaine vague d’aides aux ménages que Macron a demandée au gouvernement.
Source : Les Echos, 30 avril 2026, Nathalie Silbert.