L'économie argentine s'est contractée de 2,6 % en février par rapport à janvier, la plus forte baisse mensuelle depuis l'entrée en fonction de Javier Milei fin 2023, selon l'indicateur avancé du PIB publié par l'institut national de statistiques. Sur un an, l'activité recule de 2,1 %, la plus forte chute depuis 2024, brisant l'optimisme né après une croissance de 4,4 % en 2025.
Le retournement révèle le coût de la politique monétaire restrictive et du programme d'austérité : le chômage atteint 7,5 % au T4 2025, en hausse de 1,1 point sur un an, son plus haut niveau depuis le Covid. L'industrie manufacturière et le commerce de détail — sous pression des baisses de droits de douane et des importations — chutent respectivement de 8,7 % et 7 % en glissement annuel, tandis que la mine (+9,9 %) et l'agriculture (+8,4 %) s'envolent. La cote de popularité de Milei tombe à 36 % en mars selon AtlasIntel, son plus bas niveau depuis son élection.
Les investisseurs saluent toujours la désinflation, l'assouplissement du contrôle des changes et la reconstitution des réserves de change, mais le stratège Ramiro Blazquez Giomi (StoneX) avertit que le gouvernement devra « donner de l'air » aux secteurs fragilisés avant la réélection visée en 2027. Milei veut basculer l'économie de l'industrie vers la mine, l'énergie, l'agriculture et la tech — qui ne représentent aujourd'hui que 12 % de l'emploi. Source : Financial Times, 22 avril 2026, Ciara Nugent.
L’histoire en une ligne. Une baisse de 2,6 % sur un mois est la plus forte depuis l’entrée en fonction de Milei, signe que sa désinflation continue de frapper les secteurs qui emploient le plus d’Argentins.
Chiffres clés
- –2,6 % d’activité économique en février par rapport à janvier (indicateur avancé du PIB)
- –2,1 % sur un an, plus forte chute depuis 2024
- +4,4 % de croissance annuelle en 2025 — rompue par cette statistique
- 7,5 % de chômage au T4 2025, +1,1 pt sur un an
- –8,7 % industrie manufacturière, –7 % commerce de détail (sur un an)
- +9,9 % mine, +8,4 % agriculture (sur un an)
- 36 % de popularité pour Milei en mars (AtlasIntel), plus bas de son mandat
- 12 % de l’emploi dans mine, énergie, agriculture et tech réunis
Pourquoi c’est important
La stratégie de stabilisation de Milei — désinflation, ouverture des changes, reconstitution des réserves — fonctionne pour les marchés mais pas encore pour les secteurs qui emploient la majorité des Argentins. La reprise est devenue déséquilibrée : les industries exportatrices de matières premières tirent la croissance pendant que l’industrie manufacturière et le commerce, exposés aux imports depuis les baisses tarifaires, s’effondrent. A dix-huit mois de la présidentielle de 2027, la vraie question politique est de savoir si la désinflation suffit à gagner ou s’il faut pivoter vers un soutien ciblé à l’industrie domestique.
À retenir
Pour les investisseurs, l’Argentine passe toujours la barre de la stabilité macroéconomique. Pour les électeurs, les manchettes macro masquent une récession dans les secteurs qui font leur quotidien. Quelque chose devra bouger avant 2027, et la voie politique de moindre résistance passe par des aides sectorielles plutôt qu’un virage à 180 degrés.
Source : Financial Times, 22 avril 2026, Ciara Nugent.