Jeudi 16 avril au soir, Altice France a accepté l'offre d'un consortium réunissant Orange, Bouygues Telecom et Iliad pour racheter SFR à 20,35 Mds€. Le deal — validé sur DocuSign, sans champagne — met fin à quatorze ans de guerre des télécoms français depuis l'irruption de Free dans le mobile en 2012 et douze ans après le rachat de SFR par Patrick Drahi. Le marché repasse de quatre à trois opérateurs. Drahi a suivi les négociations depuis Tel-Aviv, « bloqué par la guerre au Proche-Orient » : il a donné son go à 16 heures, le communiqué était finalisé à 20 heures.
Les discussions ont failli capoter deux fois. Une première offre à 17 Mds€ est tombée le 14 octobre et a été rejetée par Drahi. Après deux mois de gel, chacun a fait un geste et la due diligence a démarré début janvier, avec 400 à 500 personnes mobilisées les premières semaines de 2026. Une offre révisée est tombée début avril, puis une offre améliorée le vendredi 10 avril. Mardi soir, tout le monde était prêt à signer. Mercredi matin, « l'ambiance s'est refroidie soudainement » et « le fantôme de 2016 est refait surface » — une référence à l'échec de l'opération « Jardiland » qui, dix ans plus tôt, avait vu échouer le rachat de Bouygues Telecom par Orange. Les acheteurs proposaient 17 Mds€, Drahi en voulait 23 Mds€ ; le prix a été conclu à un peu plus de 20 Mds€.
Chaque camp a travaillé sous un nom de code : « Rainbow » chez Altice, « Mont-Blanc » chez Bouygues, « Mosaïque » chez Iliad, « Voltaire » chez Orange. Côté Orange, Christel Heydemann — polytechnicienne comme Drahi — a joué un rôle clé, conseillée par Laurence Hainault (Evercore). Côté Iliad, Thomas Reynaud et le nouveau directeur financier Thomas Kienzi étaient appuyés par Perella Weinberg (Gilles Tré-Hardy) et Bredin Prat (Florence Haas). Les avocats ont désormais jusqu'au 15 mai pour produire la documentation juridique ; Drahi devra ensuite solder ses autres actifs télécoms européens et se désendetter aux États-Unis. Source : Les Echos, 19 avril 2026, Thomas Pontiroli, Romain Gueugneau, Mehdi Laghrari et David Barroux.
L’histoire en une phrase. Altice France a accepté jeudi 16 avril de vendre SFR à un consortium Orange–Bouygues Telecom–Iliad pour 20,35 Mds€, ramenant le marché des télécoms français de quatre à trois opérateurs après quatorze ans de guerre ouverte.
Chiffres clés
- Prix final : 20,35 Mds€ (proposition initiale des acheteurs 17 Mds€, prix demandé par Drahi 23 Mds€).
- Nombre d’opérateurs : 4 → 3 (Orange, Bouygues Telecom, Iliad récupèrent les actifs de SFR).
- Chronologie : offre initiale rejetée le 14 octobre, due diligence début janvier 2026, offre améliorée vendredi 10 avril, go de Drahi jeudi 16 avril à 16 h, communiqué à 20 h.
- Due diligence : entre 400 et 500 personnes mobilisées les premières semaines de 2026.
- Noms de code : Rainbow (Altice), Mont-Blanc (Bouygues), Mosaïque (Iliad), Voltaire (Orange).
- Échec précédent : le deal « Jardiland » (Orange ↔ Bouygues Telecom) s’était effondré il y a dix ans, après Pâques 2016.
- Deadline juridique : documents signés attendus avant le 15 mai 2026.
- Arrière-plan pour Drahi : achat de SFR en 2014, offre de 11 Mds€ sur Bouygues Telecom un an plus tard.
Pourquoi c’est important
Le passage de quatre à trois opérateurs transforme l’économie des télécoms français. Avec un acteur de moins, la pression sur les prix de détail se relâche et le rendement du capital remonte, ce qui justifie enfin les investissements dans la fibre et la 5G. C’est ce que tente l’ensemble des marchés télécoms européens depuis dix ans, et c’est ce que Bercy avait bloqué en 2016 sous Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie. Cette fois, « l’exécutif se met davantage en retrait, sûrement pas mécontent de voir le cours de Bourse d’Orange bondir depuis que la consolidation avance », relève Les Echos.
La négociation n’a pas opposé Drahi aux acheteurs, mais a surtout consisté à aligner trois concurrents féroces. Chaque camp avait ses banquiers (Evercore pour Orange, Perella Weinberg pour Iliad, Rothschild pour Bouygues), ses avocats (Bredin Prat pour Iliad) et son dirigeant : Roussat (Bouygues) reportait à Edward et Martin Bouygues, Reynaud reportait « quasiment quotidiennement » à Xavier Niel. Heydemann, rare femme et polytechnicienne comme Drahi, a servi de point de contact neutre côté Orange.
Ce qu’il faut retenir
Le deal SFR relance le cycle de consolidation européen et valide la conviction du secteur que la concurrence à quatre opérateurs détruit le capital. Reste la phase juridique (15 mai), l’examen de concurrence et le destin des autres actifs télécoms européens de Drahi. À suivre : cours d’Orange et Bouygues (déjà en hausse), spreads de crédit d’Iliad, et réaction de l’Autorité de la concurrence.
Source : Les Echos, 19 avril 2026, Thomas Pontiroli, Romain Gueugneau, Mehdi Laghrari et David Barroux.