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Kevin Warsh : le prochain bouc émissaire de Trump à la Fed ?

— Résumé

Kevin Warsh, 56 ans, entame mardi ses auditions devant la commission bancaire du Sénat, en tant que candidat de Donald Trump à la présidence de la Réserve fédérale américaine. Ancien gouverneur de la Fed (le plus jeune jamais nommé, en 2006), passé par Morgan Stanley et gendre du donateur républicain Ronald Lauder, Warsh avait perdu la course face à Jay Powell il y a huit ans et critique l'institution depuis quinze ans. Il prévoit de grandes réformes : réduire le bilan de 6 700 Mds$ de la Fed, supprimer les « dot plots » trimestriels (prévisions anonymisées de taux des 19 décideurs) et limiter l'exposition médiatique des responsables de la Fed.

Trump veut des baisses de taux massives ; Warsh a un long historique faucon mais a récemment repris l'argument d'Alan Greenspan selon lequel un boom de productivité lié à l'IA permettrait un assouplissement marqué. Les Fed funds futures n'intègrent désormais qu'environ 50 % de probabilité d'une seule baisse de 25 points de base en 2026, la guerre avec l'Iran ayant ravivé l'inflation. Chris Waller — battu par Warsh pour le poste — a publiquement qualifié la réduction du bilan d'« inefficace » et de « stupide », avertissant qu'elle pousserait les rendements longs des Treasuries et les taux hypothécaires à la hausse. Des sénateurs démocrates ont déjà pointé environ 100 M$ d'actifs « non divulgués » chez Warsh.

La confirmation de Warsh est bloquée par le sénateur républicain Thom Tillis tant que l'enquête criminelle visant Powell, menée par la procureure Jeanine Pirro, n'est pas classée. Le mandat de Powell s'achève le 15 mai ; il dit vouloir rester président par intérim jusqu'à ce que Warsh obtienne les 51 voix républicaines nécessaires. Trump a menacé de limoger Powell s'il ne part pas « à l'heure ». Source : Financial Times, 20 avril 2026, Claire Jones et Amelia Pollard.

L’histoire en une phrase. Kevin Warsh, choisi par Donald Trump pour présider la Réserve fédérale, affronte mardi ses auditions de confirmation au Sénat, fort d’un passé de faucon, d’un agenda de réforme de la banque centrale et face à un président qui exige des baisses de taux massives en plein choc inflationniste pétrolier.

Chiffres clés

  • Warsh a 56 ans et serait le premier président de la Fed à décrocher le poste après l’avoir perdu une fois (il y a huit ans, face à Jay Powell).
  • Bilan de la Fed que Warsh veut réduire : 6 700 Mds$, gonflé par les achats d’actifs lors de la crise financière et de la pandémie.
  • Dot plot que Warsh veut supprimer : prévisions trimestrielles anonymisées des 19 membres du FOMC (le comité qui fixe les taux).
  • Probabilité d’une baisse de taux implicite dans les Fed funds futures : moins de 50 % pour une seule baisse de 25 points de base en 2026.
  • Fin de mandat de Powell : 15 mai 2026 ; voix républicaines nécessaires : 51 sur 53.
  • Actifs non divulgués pointés par les sénateurs démocrates chez Warsh : environ 100 M$.
  • Lien familial : Warsh est le gendre du donateur républicain Ronald Lauder, ami d’université de Trump.
  • La réforme Fed-Trésor envisagée par Warsh mettrait fin aux achats massifs d’obligations pour soutenir l’économie hors période de crise.

Pourquoi c’est important

Le président de la Fed fixe les conditions du prix de l’argent aux États-Unis (et, indirectement, dans le monde). Les projets de Warsh arrivent au pire moment : la guerre avec l’Iran a fait bondir le pétrole, la Fed ne peut crédiblement baisser ses taux face à une inflation renaissante, et Trump attaque déjà l’indépendance de l’institution. Si Warsh cède à Trump, il risque de fracturer le FOMC et d’entamer la crédibilité de la banque centrale après cinq années au-dessus de la cible d’inflation de 2 %. S’il résiste à Trump, il s’expose à la même hostilité publique que Powell — jusqu’aux tentatives de Trump de limoger des gouverneurs en place (l’affaire Lisa Cook est devant la Cour suprême).

L’agenda du bilan est le levier le plus tranchant. Réduire le stock de 6 700 Mds$ durcirait les conditions financières via une baisse de la liquidité bancaire ; cela ouvrirait, sur le papier, de la marge pour baisser les taux courts. Mais Joseph Gagnon et Chris Waller avertissent que l’effet mécanique — vendre des Treasuries sur le marché — pousserait les rendements longs et les taux hypothécaires à la hausse, l’inverse de ce que veut Trump.

Ce qu’il faut retenir

Le sort de Warsh tient à deux paris : l’arithmétique sénatoriale (51 voix républicaines tant que l’enquête Powell n’est pas tranchée) et sa volonté de rester faucon. La courte lune de miel dont bénéficient habituellement les présidents de la Fed ne jouera sans doute pas ici : le choc iranien a déjà fermé la baisse de juin.

Source : Financial Times, 20 avril 2026, Claire Jones et Amelia Pollard.

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