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SCAF : les deux médiateurs ont remis leurs rapports, à Paris et Berlin de trancher

— Résumé

Les deux médiateurs nommés mi-mars pour débloquer le Système aérien du futur (SCAF) — Laurent Collet-Billon, ex-patron de la Direction générale de l'armement (DGA), et Frank Haun, ex-dirigeant du fabricant de chars Krauss-Maffei Wegmann — ont remis leurs rapports. La balle est désormais dans le camp des gouvernements français et allemand, alors que les PDG d'Airbus Defence & Space et de Dassault Aviation ne se parlent plus depuis des mois. Les discussions avec les industriels ont porté sur trois axes : propriété intellectuelle, répartition de la charge de travail et capacités d'exportation.

Le nœud reste le même. Dassault exige un leadership industriel plus clair sur le pôle avion de combat, aujourd'hui réparti à parts égales entre Dassault, Airbus Allemagne et Airbus Espagne — une redistribution rejetée par Berlin. Emmanuel Macron entendait sauver un programme annoncé avec Angela Merkel en 2017, pour lequel 3 milliards d'euros d'études ont déjà été engagés, sur un projet à 100 milliards d'euros. Selon le « Handelsblatt », les médiateurs n'auraient pas trouvé d'accord et Friedrich Merz voudrait trancher d'ici mardi, avant la réunion informelle des 27 chefs d'État européens à Chypre jeudi et vendredi. La DGA affirme toutefois côté français que « la médiation est toujours en cours ».

Outre-Rhin, l'industrie aéronautique et le syndicat IG Metall poussent pour la conception de deux avions séparés, tout en conservant des piliers communs pour les drones et un « cloud de combat ». Le député conservateur Volker Mayer-Lay appelle à basculer « sans délai » vers la solution à deux appareils. Le PDG de Dassault, Eric Trappier, avait lui-même annoncé lors du forum « Guerres et paix » début avril : « On se reverra le 18 avril ». Source : Les Echos, 18 avril 2026, Emmanuel Grasland et Anne Drif.

L’histoire en une phrase. Collet-Billon et Haun ont bouclé leur « mission de rapprochement » entre Dassault et Airbus Defence & Space sur le SCAF ; sans accord industriel visible, la décision politique revient désormais à Paris et Berlin, avec une échéance allemande pressentie dès mardi.

Chiffres clés

  • Programme SCAF : 100 milliards d’euros sur la durée de vie ; 3 milliards d’euros déjà engagés en études.
  • Annoncé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel.
  • Médiateurs nommés à la mi-mars : Laurent Collet-Billon (ex-DGA) et Frank Haun (ex-Krauss-Maffei Wegmann).
  • Pôle avion de combat : part égale entre Dassault Aviation, Airbus Allemagne et Airbus Espagne.
  • Trois axes de discussion : propriété intellectuelle, répartition de la charge de travail, capacités d’exportation.
  • Calendrier politique : Friedrich Merz voudrait trancher d’ici mardi, avant la rencontre informelle des 27 chefs d’État européens à Chypre jeudi et vendredi.

Pourquoi c’est important

Le SCAF est la pièce centrale de la souveraineté aérienne européenne, et l’un des rares programmes industriels à cette échelle encore en chantier sur le continent. Le désaccord n’est pas technique mais industriel : qui dirige, qui fabrique, qui exporte. Dassault réclame un pilotage plus clair ; Berlin refuse de rouvrir une répartition tripartite acquise. Les discussions des médiateurs — propriété intellectuelle (qui possède quoi à la sortie), charge de travail (qui fait quoi), export (qui peut vendre hors de l’UE, et à qui) — reflètent précisément ces tensions de souveraineté.

L’alternative qui monte outre-Rhin est la « solution à deux avions » : un appareil allemand et un appareil français, avec des briques communes pour les drones et le « cloud de combat » (l’architecture logicielle qui relie avions, drones et capteurs). Cette option préserve l’emploi à Manching (Bavière) et la cohérence industrielle allemande, mais elle prive l’Europe du pari initial : un avion unique pour concurrencer le F-35 américain.

À retenir

Si Merz confirme la solution à deux appareils avant Chypre, le SCAF tel que dessiné en 2017 prend fin, et l’Europe perd une occasion de coopération industrielle majeure. Si Paris obtient au contraire un rééquilibrage de leadership pour Dassault, le programme survit mais sur des bases politiques fragiles. Dans les deux cas, le coût de friction — années perdues et milliards déjà investis — est désormais explicite.

Source : Les Echos, 18 avril 2026, Emmanuel Grasland et Anne Drif.

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