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Défense 17 avril 2026

« Nous dominons Northrop Grumman et Honeywell » : Paris pousse ses champions de l'armement MBDA et Safran auprès de Bruxelles

Résumé

Le Commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius a fait étape jeudi à Bourges et Montluçon, sur les sites de production du missilier MBDA et du fabricant de kits de guidage AASM Safran, accompagné des ministres délégués aux Armées et à l'Europe Alice Rufo et Benjamin Haddad. Enjeu : anticiper le fléchage des 60 milliards d'euros de prêts européens pour la défense de Kiev, alors que la chute de Viktor Orban en Hongrie débloque les perspectives de financement. Sur les 2.000 missiles qui ont frappé l'Ukraine, 900 étaient balistiques : « Pour en détruire un seul, il faut deux à trois missiles antibalistiques », a souligné le Commissaire, alors que la production de Patriot américains ne dépasse pas 750 et que la guerre en Iran détourne ce flux vers les stocks américains.

Les deux industriels français ont présenté leurs solutions. Safran produit à Montluçon des centrales inertielles équipant les bombes AASM capables de se diriger sans GPS, une technologie dont les Américains ne disposent pas (le système Patriot dépend du GPS). « Nous dominons Northrop Grumman et Honeywell, nos principaux compétiteurs », a affirmé Franck Saudo, responsable de la division électronique et défense de Safran. La France et la Norvège ont annoncé l'acquisition pour Kiev d'un gros volume d'AASM pour plus de 7 milliards de couronnes norvégiennes ; la production de ces bombes a été multipliée par quatre en quatre ans, à 1.200 exemplaires en 2025. Côté MBDA, le Meteor vole à plus de 5.000 km/h, et le SAMP/T NG produit avec Thales — intercepteur à 150 km, composé de 40.000 pièces dont 60 % viennent de sous-traitants — sera testé en Ukraine dès 2026. La production de l'Aster a quintuplé entre 2024 et 2025 et doit encore doubler en 2026, avec un délai de fabrication ramené de trois ans en 2022 à 18 mois. MBDA va investir 5 milliards d'euros dans les prochaines années.

L'enjeu politique est de cantonner les fonds européens à la production européenne, alors que Kiev a déjà signé un contrat de 3,7 milliards d'euros avec Raytheon pour des Patriot fabriqués en Allemagne, que Berlin cofinance avec les États-Unis, et que Rheinmetall-Lockheed Martin et Diehl-Raytheon ont noué des alliances transatlantiques. « Dépendre uniquement d'une industrie tierce ne peut plus marcher », a conclu Alice Rufo. Source : Les Echos, 17 avril 2026, Anne Drif.