L'allemand SAP, deuxième groupe technologique européen en capitalisation boursière, lance lundi en France une offre de cloud dite « souveraine » avec S3ns (prononcer « sens »), la coentreprise de Thales et de Google Cloud. Les clients de SAP pourront migrer leurs systèmes directement sur la plateforme de S3ns, qualifiée SecNumCloud par l'ANSSI en décembre dernier — un label qui certifie une offre cloud « de confiance », recommandée notamment par l'État pour les données sensibles.
Thales fait office de « client zéro » de cette offre, qui sera disponible d'ici la fin de l'année. Le groupe français y voit un moyen d'accélérer sa montée en puissance dans la défense et la cybersécurité, secteurs où il opère encore beaucoup en interne. Pour SAP, l'enjeu est d'accélérer la migration vers le cloud de clients réticents, en particulier dans les secteurs réglementés. Le groupe avait déjà annoncé un partenariat à Berlin avec Mistral, et s'est associé en début d'année avec le cloud Bleu (Orange, Capgemini, Microsoft).
Le contexte joue pour SAP. Thomas Saueressig, membre du comité exécutif, cite explicitement le Cloud Act américain — cette loi extraterritoriale qui permet aux autorités américaines d'exiger des données détenues par toute société de droit américain — comme déclencheur des discussions « au cœur des conseils d'administration » européens. Il plaide pour une « union numérique » européenne, dénonçant l'absurdité économique de vingt-sept clouds nationaux. Source : Les Echos, 27 avril 2026, Joséphine Boone.