La start-up canadienne Cohere s'est entendue pour reprendre l'allemande Aleph Alpha dans une opération valorisant le groupe combiné à environ 20 milliards de dollars, créant ce que les deux gouvernements présentent comme une alternative transatlantique aux grands acteurs américains. La transaction est soutenue par les gouvernements allemand et canadien, et centrée sur l'IA « souveraine » — des systèmes où les clients gardent le contrôle de leurs données et de leur infrastructure. Les actionnaires d'Aleph Alpha recevront une action Cohere pour neuf actions détenues, selon deux sources proches des modalités ; Cohere conservera son nom et opérera depuis un double siège au Canada et en Allemagne.
L'opération traduit un rejet plus large de la dépendance à la Silicon Valley : elle suit l'acquisition par SpaceX de la start-up de développement Cursor, et constitue un premier signal de consolidation dans l'IA. Cohere, fondée à Toronto en 2019 par d'anciens chercheurs de Google, développe des grands modèles de langage pour les entreprises déployés dans l'infrastructure du client, et était valorisée 6,8 milliards de dollars l'an dernier. Aleph Alpha, basée à Heidelberg, valait environ 500 millions d'euros lors d'un tour en 2023 et peinait à suivre ses rivaux ; son ancien directeur général Jonas Andrulis est parti plus tôt cette année pour fonder une nouvelle start-up avec le conseil Roland Berger.
Le rapprochement s'accompagne d'un tour de financement piloté par Schwarz Digits, la branche tech du distributeur allemand Schwarz Group (propriétaire de Lidl), qui engage 600 millions de dollars en capital et financements recherche. Schwarz est déjà le principal soutien d'Aleph Alpha (plus de 20 %) et construit un data center de 11 milliards d'euros près de Berlin pour des charges IA ; ces data centers hébergeront les systèmes Cohere. Le gouvernement allemand jouera le rôle de client ancre pour l'IA souveraine dans la commande publique. Le ministre canadien de l'IA Evan Solomon a déclaré au FT que les « puissances moyennes » avaient besoin d'« une option entre les hyperscalers et l'hégémon ». Source : Financial Times, 24 avril 2026, Florian Müller, George Hammond et Ilya Gridneff.