Le Japon bloque le rachat de Makino par MBK pour 1,7 Md$
Source · Bureau Fusions-Acquisitions
— Résumé
Le Japon a engagé le blocage du rachat du fabricant de machines-outils Makino Milling par le fonds de capital-investissement sud-coréen MBK Partners pour 274 Mds¥ (1,7 Md$), au titre de la sécurité nationale — première intervention depuis la refonte du cadre de contrôle des investissements étrangers en 2020, et premier blocage pur et simple depuis le dossier J-Power d'un hedge fund britannique en 2008. Le titre Makino a chuté jusqu'à 10 % jeudi, le Nikkei 225 perdait 1 %.
Tokyo a jugé l'actionnariat MBK « incompatible » avec les obligations de confidentialité de Makino : ses machines-outils — les « machines mères » qui fabriquent aubes et pales de moteurs d'avion — sont « largement utilisées par les fabricants d'équipements de défense au Japon ». MBK a jusqu'au 1er mai pour se retirer volontairement, faute de quoi Tokyo pourra imposer des mesures plus strictes. La Première ministre Sanae Takaichi, élue en février, refond le régime japonais de contrôle des investissements étrangers sur le modèle américain (CFIUS, Committee on Foreign Investment in the US) et durcit parallèlement sa politique de défense et de matières premières critiques.
La décision pourrait refroidir le private equity étranger au Japon, où MBK — fondé en 2005 par l'ancien dirigeant de Carlyle Michael Byung Ju Kim, aujourd'hui 33 Mds$ d'actifs sous gestion — est l'un des acheteurs les plus actifs. MBK discutait avec Tokyo depuis dix mois après avoir remporté le deal ; il s'était positionné suite au retrait de Nidec, confronté à une « pilule empoisonnée » de Makino. Le fonds américain Carlyle et plusieurs acteurs japonais sont en embuscade. Source : Financial Times, 23 avril 2026, Harry Dempsey, David Keohane et Daniel Tudor.
L’histoire en une ligne. Tokyo intervient formellement pour bloquer le rachat étranger d’un fabricant de machines-outils proche de la défense — premier blocage dur d’un deal FDI au Japon depuis 18 ans.
Chiffres clés
274 Mds¥ (1,7 Md$) d’offre MBK sur Makino Milling
–10 % en séance sur le titre Makino jeudi ; Nikkei 225 –1 %
1er mai — date limite pour un retrait volontaire de MBK
2020 — dernière grande refonte du régime FDI japonais
2008 — précédente intervention (participation J-Power d’un hedge fund britannique)
10 mois — durée du dialogue post-deal entre MBK et Tokyo
33 Mds$ — actifs sous gestion de MBK (fondé en 2005)
Février 2026 — victoire électorale écrasante de Sanae Takaichi
Pourquoi c’est important
Les machines-outils qui fabriquent des pièces de moteurs d’avion sont à double usage : les mêmes équipements produisent pour le civil et pour le militaire. Tokyo fait savoir qu’une prise de contrôle étrangère d’un tel fournisseur est une question de sécurité nationale, pas une simple transaction commerciale. Takaichi veut un « CFIUS japonais » (contrôle interagences plus strict, modèle américain), et ce dossier sert de précédent. Pour le private equity, le refroidissement est réel : dix mois de négociation terminés par un blocage, dans l’un des marchés PE les plus actifs du monde, renchérissent le risque d’exécution sur chaque cible industrielle japonaise à exposition défense, même marginale.
À retenir
Le Japon trace une ligne rouge sur la détention étrangère de l’industrie à double usage, et le timing — guerre d’Iran, réarmement Takaichi — amplifie le signal. Attendez-vous à plus de consortiums de type Carlyle + partenaire japonais et moins d’offres PE asiatiques pures sur les cibles industrielles japonaises.
Source : Financial Times, 23 avril 2026, Harry Dempsey, David Keohane et Daniel Tudor.