Une attaque à l'acide secoue l'Indonésie au moment où l'armée reprend du poids
Source · Bureau Géopolitique
— Résumé
Une attaque à l'acide perpétrée en mars contre l'activiste Andrie Yunus, 27 ans — voix critique de l'expansion des pouvoirs militaires sous le général devenu président Prabowo Subianto — alimente les craintes d'un recul démocratique en Indonésie, troisième plus grande démocratie du monde. Des motards lui ont lancé une bouteille d'acide au visage alors qu'il rentrait chez lui de nuit, lui causant des brûlures sur 20 % du corps et une forte baisse de la vision d'un œil. Les assaillants ont été identifiés comme des militaires en service actif.
Le chef du renseignement militaire, dont dépendent les soldats mis en cause, a démissionné, et quatre militaires doivent comparaître ce mois-ci devant une cour martiale. Les organisations de défense des droits affirment que les critiques, militants et journalistes subissent une intimidation croissante du gouvernement et de l'armée depuis l'élection de Prabowo en 2024. « Les attaques contre les activistes et la liberté de la presse sont des indicateurs de rétrécissement de notre espace civique, qui affecte la qualité de notre démocratie », observe Anis Hidayah, de la Commission nationale des droits humains.
Le choc est fort parce que l'Indonésie a passé un quart de siècle à bâtir un contrôle civil de l'armée après trois décennies de dictature sous Suharto. Sous Prabowo, ancien général de l'ère Suharto, les pare-feux de la reformasi sont mis à l'épreuve et des officiers militaires reviennent à des fonctions civiles. Source : Financial Times, 22 avril 2026, A. Anantha Lakshmi et Diana Mariska.
L’histoire en une ligne. Une attaque à l’acide commise par des militaires en service actif contre un activiste indonésien devient le test le plus visible de la place que le gouvernement Prabowo veut redonner à l’armée dans la vie civile.
Chiffres clés
20 % du corps brûlé ; forte baisse de la vision d’un œil
4 militaires actifs identifiés comme assaillants, jugés par une cour martiale
Chef du renseignement militaire démissionnaire
2024 élection de Prabowo Subianto
Indonésie : 3ᵉ plus grande démocratie du monde
Pourquoi c’est important
L’affaire teste le compromis post-Suharto. Si la cour martiale rend un verdict crédible et si la démission du chef du renseignement n’est pas compensée en coulisses, le cadre reformasi encaisse le choc mais tient. Si le procès débouche sur des peines légères et que l’intimidation se poursuit, le gouvernement Prabowo signalera qu’une réhabilitation civile de l’armée est en cours sous le radar.
À retenir
Le recul démocratique indonésien est progressif, non brutal. L’affaire Yunus fournit le point d’ancrage que la société civile locale et les observateurs internationaux peuvent saisir. La façon dont Jakarta gère le procès — puis le portefeuille du renseignement — indiquera si les pare-feux de la reformasi tiennent encore.
Source : Financial Times, 22 avril 2026, A. Anantha Lakshmi et Diana Mariska.