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Géopolitique 18 avril 2026

L'extrême droite allemande se déchire sur le service militaire

Résumé

L'Alternative für Deutschland (AfD), parti d'extrême droite, se déchire sur la conscription, et c'est son aile anti-Otan et pro-Moscou qui prend l'avantage. Rüdiger Lucassen — ancien colonel de la Bundeswehr, ex-pilote d'hélicoptère de 74 ans et l'un des pro-Américains les plus affirmés du parti — a démissionné de son poste de porte-parole défense après huit ans, quelques jours avant un vote qui devait le destituer. Il est remplacé par Jan Nolte, député de Hesse qui a accordé en 2024 encore des entretiens à Izvestia, journal russe cofondé par l'un des proches de Vladimir Putin.

La conscription a été suspendue en Allemagne en 2011. Sur le papier, l'AfD y est favorable ; en pratique, lors d'un récent séminaire, la direction a décidé d'éviter le sujet. Björn Höcke, figure de proue de l'aile ethno-nationaliste, a mené la fronde — invitant les députés du parlement de Thuringe à imaginer leurs fils et petits-fils déchiquetés sur un champ de bataille étranger, et refusant de soutenir la conscription dans un pays qui, selon lui, n'a rien à défendre à part « des spectacles de drag queens dans les maternelles », la désindustrialisation, l'immigration de masse et la culpabilité de guerre. L'aile orientale, là où la sympathie pour la Russie et la défiance envers les États-Unis sont les plus fortes, dispose du muscle électoral — l'AfD atteint 40 % dans certaines parties de l'est, est en tête en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, et pourrait emporter la Saxe-Anhalt en septembre.

Fondée en 2013 pendant la crise de l'euro, l'AfD se radicalise à mesure qu'elle progresse — 21 % des suffrages l'an dernier, son record, en deuxième position aux élections fédérales. Certains députés de l'Ouest soutiennent encore le réarmement porté par le chancelier Friedrich Merz et le ministre de la Défense Boris Pistorius, mais la ligne orientale juge la souveraineté militaire non prioritaire face aux économies budgétaires, et estime que la Russie n'est pas vraiment une menace. Source : Financial Times, 18 avril 2026, Laura Pitel (avec la contribution de Max Seddon).