Jeudi - 30 avril 2026
DELFINEO Recherche & Actualités en Investissement Value
EN / FR
← Retour aux actualités

L'extrême droite allemande se déchire sur le service militaire

— Résumé

L'Alternative für Deutschland (AfD), parti d'extrême droite, se déchire sur la conscription, et c'est son aile anti-Otan et pro-Moscou qui prend l'avantage. Rüdiger Lucassen — ancien colonel de la Bundeswehr, ex-pilote d'hélicoptère de 74 ans et l'un des pro-Américains les plus affirmés du parti — a démissionné de son poste de porte-parole défense après huit ans, quelques jours avant un vote qui devait le destituer. Il est remplacé par Jan Nolte, député de Hesse qui a accordé en 2024 encore des entretiens à Izvestia, journal russe cofondé par l'un des proches de Vladimir Putin.

La conscription a été suspendue en Allemagne en 2011. Sur le papier, l'AfD y est favorable ; en pratique, lors d'un récent séminaire, la direction a décidé d'éviter le sujet. Björn Höcke, figure de proue de l'aile ethno-nationaliste, a mené la fronde — invitant les députés du parlement de Thuringe à imaginer leurs fils et petits-fils déchiquetés sur un champ de bataille étranger, et refusant de soutenir la conscription dans un pays qui, selon lui, n'a rien à défendre à part « des spectacles de drag queens dans les maternelles », la désindustrialisation, l'immigration de masse et la culpabilité de guerre. L'aile orientale, là où la sympathie pour la Russie et la défiance envers les États-Unis sont les plus fortes, dispose du muscle électoral — l'AfD atteint 40 % dans certaines parties de l'est, est en tête en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, et pourrait emporter la Saxe-Anhalt en septembre.

Fondée en 2013 pendant la crise de l'euro, l'AfD se radicalise à mesure qu'elle progresse — 21 % des suffrages l'an dernier, son record, en deuxième position aux élections fédérales. Certains députés de l'Ouest soutiennent encore le réarmement porté par le chancelier Friedrich Merz et le ministre de la Défense Boris Pistorius, mais la ligne orientale juge la souveraineté militaire non prioritaire face aux économies budgétaires, et estime que la Russie n'est pas vraiment une menace. Source : Financial Times, 18 avril 2026, Laura Pitel (avec la contribution de Max Seddon).

L’histoire en une phrase. L’aile pro-américaine et pro-réarmement de l’AfD perd la main au profit de sa faction orientale pro-Moscou : le porte-parole défense de longue date Rüdiger Lucassen démissionne, remplacé par Jan Nolte, à cinq mois d’élections régionales décisives dans l’est allemand.

Chiffres clés

  • Mandat de Lucassen comme porte-parole défense de l’AfD : 8 ans ; âge 74 ans.
  • Successeur : Jan Nolte, député de Hesse et ancien soldat de la Bundeswehr, interviewé par le journal russe Izvestia en 2024 encore.
  • Population allemande : 84 millions ; les Länder de l’Est représentent un peu moins d’un quart.
  • Score de l’AfD dans certaines zones de l’Est : jusqu’à 40 %.
  • Résultat fédéral 2025 : 21 %, un record et une deuxième place pour l’AfD.
  • Conscription suspendue : 2011 (sujet rouvert par la coalition Merz dans son plan de réarmement).
  • Élections régionales de septembre 2026 à surveiller : Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (AfD en tête) et Saxe-Anhalt (possible premier gouvernement régional dirigé par l’AfD).

Pourquoi c’est important

La bataille porte sur la position de l’AfD face au réarmement allemand — le plus grand basculement budgétaire et stratégique de Berlin depuis la fin de la Guerre froide. Si l’aile orientale anti-Otan fixe la ligne, le parti devient un frein parlementaire aux dépenses de défense et au soutien de Merz à l’Ukraine, au moment précis où la reconstitution de la Bundeswehr est censée accélérer. L’argument public de Höcke contre la conscription — l’Allemagne n’a rien à défendre — est idéologique, mais la logique politique est électorale : l’électorat de l’Est est sceptique envers les États-Unis et bienveillant envers Moscou, et c’est précisément là que l’AfD gagne ses sièges marginaux.

La sortie de Lucassen confirme le basculement interne. Le profil de Nolte (ex-Bundeswehr mais entretiens dans des médias pro-Kremlin) est un signal soigneusement double : crédibilité opérationnelle sur la défense, alignement idéologique sur l’Est. Quelques députés de l’Ouest, comme Gerold Otten, continuent de soutenir le réarmement parce que « défendre le pays » est une obligation constitutionnelle — mais ils ne donnent plus le ton.

À retenir

À l’approche des scrutins régionaux de septembre, l’AfD évitera une position claire sur la conscription et cadrera le réarmement comme un gaspillage budgétaire plutôt qu’une erreur stratégique. Pour les observateurs de la défense européenne, le signal pertinent n’est pas la ligne officielle du parti mais sa capacité à déplacer le centre de gravité du Bundestag sur l’Ukraine, les budgets d’armement et les objectifs de dépense Otan dans les douze prochains mois.

Source : Financial Times, 18 avril 2026, Laura Pitel (avec la contribution de Max Seddon).

À lire également

Tous les articles →