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Pertes massives et fans grondants : la révolution capital-investissement de Chelsea sous Clearlake et Boehly s'enlise

— Résumé

Chelsea a publié ce mois-ci une perte avant impôts de 262 millions de livres sur 2024-25, un record pour un club de Premier League, sous la propriété de Clearlake Capital et du financier Todd Boehly, qui ont racheté le club pour 2,5 milliards de livres il y a près de trois ans. Sous l'oligarque précédent Roman Abramovich, le club perdait environ 1 million de livres par semaine pendant près de deux décennies — un rythme désormais dépassé par les actionnaires actuels. Depuis le rachat, Chelsea a dépensé environ 1,7 milliard d'euros (1,5 milliard de livres) en joueurs, s'est séparé de quatre entraîneurs principaux et n'a pas tranché entre la modernisation de Stamford Bridge ou un déménagement.

Le financement est de facture capital-investissement. Au cœur figure un payment-in-kind note de 500 millions de dollars consenti par Ares Management à la holding 22 Holdco, portant un taux de 11,2 % qui se capitalise dans le principal (s'élevant à 595,9 millions de livres en juin dernier, échéance 2033) ; une autre entité porte 794 millions de livres de prêts supplémentaires. Les actionnaires se sont engagés sur 1,75 milliard de livres au départ et disposent encore de 1,3 milliard. Le chiffre d'affaires a progressé de 4,8 % à 490,9 millions de livres en 2024-25 et devrait atteindre environ 700 millions cette année, dopé par la victoire à la première Coupe du monde des clubs de la Fifa. Chelsea est désormais bénéficiaire au niveau opérationnel. Le négoce de joueurs a partiellement compensé : 1,75 milliard d'euros de recrutements pour 921 millions d'euros de ventes. Les contrats sont souvent signés sur sept ans ou plus, ce qui permet d'amortir les indemnités de transfert sur une période plus longue et de rester dans les clous des règles financières.

Stamford Bridge reste le point de blocage stratégique. Sa capacité de 40.000 places a généré 86,7 millions de livres de recettes match l'an dernier, contre 160 millions à Old Trafford de Manchester United (74.000 places). Le projet d'Earl's Court s'est éloigné après l'approbation par deux conseils municipaux de plans n'incluant pas de stade. Un peu plus de la moitié des 4.000 répondants à un sondage du Chelsea Supporters' Trust se déclarent « très peu confiants » que le club soit dirigé pour un succès durable. La qualification en Ligue des champions — 75 à 80 millions d'euros cette saison — dépend des six derniers matchs, Chelsea pointant à la sixième place. Source : Financial Times, 18 avril 2026, Samuel Agini.

L’essentiel en une phrase. Trois ans après le début de l’ère Clearlake-Boehly, Chelsea affiche une perte avant impôts record en Premier League, a sur-dépensé en joueurs, n’a pas tranché sur le stade et se trouve hors des places qualificatives pour la Ligue des champions — un modèle d’actionnariat private equity qui n’a pas encore converti le capital en résultats sportifs.

Chiffres-clés

  • Perte avant impôts 2024-25 : 262 millions de livres — record en Premier League.
  • Prix de rachat (2022) : 2,5 milliards de livres ; engagement total des actionnaires 1,75 milliard de livres, avec 1,3 milliard encore disponibles.
  • Dépense joueurs depuis le rachat : 1,75 milliard d’euros de recrutements, 921 millions d’euros de ventes.
  • PIK note Ares : 500 millions de dollars à l’origine, principal 595,9 millions de livres en juin 2025, taux 11,2 %, échéance 2033.
  • Prêts additionnels sur une autre entité : 794 millions de livres.
  • Chiffre d’affaires 2024-25 : 490,9 millions de livres (+4,8 %) ; guidance pour l’exercice en cours autour de 700 millions de livres, dopée par la Coupe du monde des clubs de la Fifa.
  • Recettes match : 86,7 millions de livres à Stamford Bridge (40.000 places), contre 160 millions à Old Trafford de Manchester United (74.000 places).
  • Dotation Ligue des champions cette saison : 75 à 80 millions d’euros.
  • Sondage du Chelsea Supporters’ Trust : un peu plus de 50 % des 4.000 répondants se déclarent « très peu confiants » que le club soit dirigé pour un succès durable.

Pourquoi cela compte

Le financement est révélateur. Un payment-in-kind (PIK) note est un emprunt dont les intérêts sont ajoutés au principal au lieu d’être payés en cash — les actionnaires ont reporté les intérêts en cash mais les ont capitalisés dans une dette de 595,9 millions de livres à échéance 2033 au taux de 11,2 %. Allonger les contrats de joueurs au-delà de la norme de cinq ans permet d’amortir (étaler l’indemnité de transfert sur la durée du contrat comme charge annuelle) les recrutements sur une période plus longue, pour rester dans les règles financières de l’UEFA et de la Premier League. Traiter les joueurs comme « des actions d’un portefeuille » (la formule du FT) a permis Cole Palmer mais aussi le cas Mudryk — Mykhailo Mudryk a été recruté pour 62 millions de livres en upfront sur un contrat de huit ans et demi en 2023 et est suspendu depuis décembre 2024 après un test positif à une substance interdite (il nie tout manquement).

Stamford Bridge est le vrai « moat » manquant. L’écart 86,7 millions vs 160 millions à Old Trafford dimensionne le manque à gagner sur les recettes match qu’un stade plus grand ou rénové comblerait ; sans cela, la PIK note arrive à échéance avant que la base d’actifs ne se soit étendue. La participation à la Ligue des champions — 75 à 80 millions d’euros par saison — fournit la variable d’ajustement sur le chiffre d’affaires.

À retenir

Un underwrite classique de capital-investissement — payer pour la taille, faire jouer le levier du bilan, faire croître le chiffre d’affaires — se heurte aux spécificités économiques du football : la performance sportive est volatile, le négoce de joueurs cyclique, et la patience des supporters limitée. Avec Chelsea sixième à six journées de la fin et un dossier stade non tranché, la thèse Clearlake-Boehly entre dans les douze prochains mois avec la charge de la preuve sur les actionnaires, pas sur les détracteurs.

Source : Financial Times, 18 avril 2026, Samuel Agini.

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