L'élite économique hongroise prend rapidement ses distances avec le réseau du Premier ministre sortant Viktor Orbán, quelques semaines après la victoire écrasante du parti Tisza de Péter Magyar aux législatives. Magyar, ancien initié du régime devenu opposant en 2024, promet de poursuivre les responsables et dirigeants accusés de corruption au sein du « système de coopération nationale » qui récompensait les fidèles. Plusieurs familles d'oligarques auraient déjà commencé à délocaliser, à mettre leurs actifs à l'abri, à retirer leurs enfants de l'école et à recruter des agents de sécurité privés en vue d'un départ.
Magyar a notamment ciblé l'ami d'enfance d'Orbán, Lőrinc Mészáros, l'homme le plus riche de Hongrie, qui se préparerait à s'installer à Dubaï avec sa famille — la société Mészáros Group dit avoir écrit à Magyar pour « apaiser la situation », et le FT n'a pas pu vérifier les informations sur le déménagement. Plus tôt en avril, Magyar avait visé Ádám Matolcsy, fils de l'ex-gouverneur de la banque centrale György Matolcsy, dont les sociétés sont accusées d'avoir détourné plus d'un milliard d'euros de la banque centrale en une décennie ; père et fils nient. Magyar a indiqué qu'il demanderait aux Émirats arabes unis l'extradition d'Ádám « par des mesures coercitives s'il le faut », alors qu'aucun traité n'existe entre les deux pays. Le gendre d'Orbán, István Tiborcz, qui s'est installé à New York en 2025, dit conserver ses activités en Hongrie via son véhicule d'investissement BDPST.
Ce nettoyage est aussi une condition pour débloquer plusieurs dizaines de milliards d'euros de fonds européens gelés par Bruxelles pour cause de corruption. L'investisseur Dániel Jellinek, fondateur d'Indotek, qui a soldé en 2024 ses participations dans Waberer's Group lié à Orbán, dit que son téléphone « a explosé » le soir des élections de la part de fonds étrangers de private equity qui veulent revenir en Hongrie « parce que la Hongrie est bon marché ». Sándor Csányi, président d'OTP et ami de longue date d'Orbán, dit ne rien craindre, « contrairement à ceux qui ont obtenu des contrats sans appels d'offres normaux ». Source : Financial Times, 28 avril 2026, Marton Dunai.