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Technologie 18 avril 2026

Le laboratoire de Columbia qui veut fabriquer des robots qui mangent, se réparent et se reproduisent

Résumé

Un reportage du FT Magazine au Creative Machines Lab de Columbia, où le professeur Hod Lipson et ses étudiants construisent un « métabolisme robotique » — des robots modulaires capables de s'assembler à partir de pièces simples, de se réparer, et, à terme, de se reproduire. Les briques de construction actuelles sont des tiges en plastique blanc baptisées « truss links » (développées par Philippe Wyder, PhD fraîchement diplômé) et une nouvelle génération de triangles (Sylvester Zhang, étudiant en master). Un article paru l'été dernier dans Science Advances décrit ce que le groupe présente comme la première démonstration d'un système robotique qui se développe à partir de pièces isolées pour devenir un robot 3D complet, en améliorant systématiquement ses propres capacités — sans aucune machine externe. Quête de vie de Lipson : identifier « les 20 briques pour construire tous les robots possibles », en écho délibéré aux environ 20 acides aminés qui encodent la vie biologique.

Le contexte : la robotique est devenue le jumeau en retard de l'IA. Les grands modèles de langage ont aspiré le hype, le capital et les doctorants ; la robotique, dit Goldfeder, « ne marche pas encore » — précisément ce qui la rend intéressante pour ce groupe. La thèse de Lipson est que la prochaine rupture ne viendra pas de modèles plus gros : « les cerveaux ont avancé, il est temps que les corps rattrapent — dans la nature, il n'y a jamais d'esprit sans corps ». Le projet emblématique du labo : « une machine qui fabrique une autre machine, et cette machine-là sort tranquillement en marchant ». L'horizon commercial dessiné par Lipson est radical : l'acheteur n'achètera plus un robot fini mais un sac rempli de blocs modulaires qui s'auto-assembleront selon la tâche demandée.

La réalité est plus rude. À Penn, Mark Yim — pionnier de la robotique modulaire — reconnaît que les trois promesses de l'an 2000 (polyvalence, accessibilité, fiabilité) ne sont pas tenues : « ils ne savent rien faire, ils sont ruineux et ils cassent tout le temps. » Au MIT, Daniela Rus, directrice du CSAIL, juge que les démonstrations de robots reproductifs sont « très simples par rapport à la promesse ». Néanmoins, devant le FT, le labo de Columbia a obtenu une petite victoire : huit triangles de Zhang ont rampé millimètre par millimètre dans un couloir en linoléum, se sont accrochés pour former un serpent, puis se sont scindés en deux tétraèdres qui se sont repliés sur eux-mêmes — un acte primitif de reproduction robotique. Source : Financial Times, 18 avril 2026, Oliver Roeder.