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Industrie 18 avril 2026

Michelin mise sur les pneus lunaires et les polymères pour défendre ses usines françaises

Résumé

Florent Menegaux, PDG de Michelin, acte un choix stratégique : l'exportation depuis l'Europe de pneus grand public est devenue impossible. L'écart de coût avec l'Asie est trop large, les Chinois s'implantent désormais dans le pneu tourisme, et les revenus 2025 du groupe ont reculé de 4,4 % à 26 Md€, plombés par le ralentissement du camion aux États-Unis. La réponse : ne conserver en France que le haut de gamme — pneus de course, trains d'atterrissage d'aéronefs, et un pneu de rover lunaire que Michelin propose à la Nasa pour les missions Artemis — tout en se diversifiant agressivement dans les polymères composites (matériaux pour mastics, revêtements textiles, aéronautique, énergie, construction).

L'empreinte française se réduit déjà. Michelin a fermé l'an dernier deux usines de pneus poids lourds et utilitaires (Vannes en Bretagne, Cholet dans l'ouest), supprimant plus de 6 % des effectifs français — 1 200 emplois. Clermont-Ferrand, berceau du groupe depuis près de 140 ans, emploie aujourd'hui environ 10 000 personnes, un tiers du pic des années 1980. L'usine historique de Cataroux est en cours de reconversion en hub de start-ups et pôle recherche. La CGT redoute d'autres coupes : la plupart des sites français tournent en sous-capacité — seule l'usine de pneus d'avion de Bourges va bien. La France accueille encore la moitié des 30 usines européennes de Michelin ; le groupe en a autant aux Amériques et 15 en Asie.

Le calcul de la diversification compte. Les polymères composites ont généré 1,3 Md€ de chiffre d'affaires en 2025 (1,7 Md€ en intégrant les dernières acquisitions), une fraction des revenus du groupe, mais avec une marge de 15 %, l'activité la plus rentable de Michelin. Trois acquisitions américaines de composites l'an dernier, pour une valeur d'entreprise cumulée d'environ 1 Md€, avec l'objectif d'au moins autant chaque année à l'échelle mondiale. Menegaux met en garde contre les droits de douane européens qui s'annoncent sur les pneus chinois et contre le cadre « Buy European » : ils ne doivent pas devenir une « rente » qui démobilise les industriels européens sur l'innovation. Source : Financial Times, 18 avril 2026, Sarah White.