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Comment l'Iran a tiré les leçons de la guerre en Ukraine

— Résumé

À l'approche de sa guerre de plusieurs semaines contre Israël et les États-Unis, l'armée iranienne a discrètement décortiqué le conflit en Ukraine pour en tirer des leçons stratégiques. Le Financial Times a passé au crible plus de 300 articles publiés sur cinq ans dans une douzaine de revues de défense iraniennes, rattachées aux écoles d'état-major du Corps des Gardiens de la Révolution islamique et des Forces armées régulières. Le fil rouge : Téhéran doit basculer vers une guerre plus dispersée et moins coûteuse — drones produits en masse, unités de combat plus mobiles, intelligence artificielle pour la désignation d'objectifs, et capacités cyber renforcées.

Plusieurs textes sont signés de noms aujourd'hui de premier plan — ou récemment éliminés. Hossein Dadvand, commandant d'un important collège de combat au nord de Téhéran, a publié des recommandations citant la résilience industrielle ukrainienne et l'emploi d'imprimantes 3D pour produire des drones bon marché. Kioumars Heydari et Abdolali Pourshasb, deux généraux ayant dirigé l'armée iranienne, ont cosigné en 2023 dans Strategic Defence Studies un article alertant sur une planification insuffisante face aux « menaces émergentes ». Aziz Nasirzadeh — ancien ministre de la Défense tué lors d'une frappe aérienne le 28 février — avait cosigné un texte appelant à reconstruire une flotte de chasse vieillissante en achetant des Su-35 russes, et un autre dépeignant l'US Air Force comme affaiblie par le vieillissement et des programmes de modernisation ratés.

Les analystes cités — Nicole Grajewski (Sciences Po), Afshon Ostovar, Farzin Nadimi (Washington Institute for Near East Policy) et Michael Connell (Center for Naval Analyses) — soulignent que ces revues importent moins pour leurs conclusions que pour ce qu'elles révèlent des priorités : drones, cyber, IA, défense aérienne, et faiblesses internes comme les discriminations liées à la pauvreté ou à l'origine ethnique, les pensées suicidaires chez les soldats, et les hôpitaux militaires trop dépendants du privé. Source : Financial Times, 18 avril 2026, Jacob Judah.

L’histoire en une phrase. Un dépouillement par le FT de plus de 300 articles de revues de défense iraniennes montre qu’à la veille de la guerre contre Israël et les États-Unis, l’armée de Téhéran tirait méthodiquement du conflit ukrainien des leçons tactiques et d’acquisition — drones, désignation d’objectifs par IA, et cyberguerre en tête.

Chiffres clés

  • Corpus d’articles examinés : plus de 300 textes sur cinq ans dans une douzaine de revues de défense iraniennes.
  • Signataires de haut rang identifiés : Hossein Dadvand (commandant de collège de combat), Kioumars Heydari et Abdolali Pourshasb (anciens chefs de l’armée), et Aziz Nasirzadeh — ministre de la Défense, tué lors d’une frappe aérienne le 28 février.
  • Acquisition poussée par Nasirzadeh : Su-35 russes, confirmée peu après sa nomination ; appareils non encore livrés.
  • Abdolrahim Mousavi : feu chef d’état-major des forces armées.
  • Priorités technologiques principales dans les articles : drones, IA pour le ciblage, cyberguerre, lasers, plateformes spatiales, défense aérienne.
  • Faiblesses internes signalées : discriminations liées à la pauvreté et à l’origine ethnique dans les académies, pensées suicidaires chez les soldats, hôpitaux militaires trop dépendants du privé.

Pourquoi c’est important

Les revues de défense iraniennes constituent l’une des rares fenêtres ouvertes sur la manière dont Téhéran pense, apprend et hiérarchise. Elles servent à l’apprentissage interne et à tester des idées — selon Grajewski, ces articles permettent au système de voir si une recommandation est reprise. Le schéma est cohérent avec ce qu’on a vu pendant la guerre : drones, opérations dispersées, matériel produit en masse à bas coût. L’argument d’Ostovar — les indices les plus éclairants sont dans « ce à quoi ils prêtent attention » — explique pourquoi le virage vers les Su-35 et l’IA de ciblage était visible dans la presse militaire avant de devenir une politique.

Deux bémols. Nadimi juge les articles de politique étrangère si faibles sur le plan méthodologique qu’il les qualifie de « ratés ». Officiers et ingénieurs ont par ailleurs reçu instruction de publier moins sur les projets sensibles, et certains auteurs signent sous pseudonyme, ce qui complique l’attribution.

À retenir

Le corpus est davantage une carte des priorités qu’un manuel opérationnel. Pour les investisseurs et les stratèges qui observent l’Iran d’après cessez-le-feu, le cap est clair : plus de drones, intégration plus poussée de l’IA dans la défense aérienne et le cyber, et une reconstitution lente et contestée de la flotte de chasse via les importations russes. Les fragilités internes — discriminations, santé mentale, gouvernance hospitalière — constituent un signal distinct de tension dans l’appareil militaire lui-même.

Source : Financial Times, 18 avril 2026, Jacob Judah.

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