Bruxelles prépare le plus grand assouplissement des règles de fusion depuis des décennies pour bâtir des « champions européens »
Source · Bureau Fusions & Acquisitions
— Résumé
La Commission européenne prépare le plus important assouplissement des règles de fusion de l'Union en plus de vingt ans, avec l'objectif d'aider les entreprises européennes à prendre de la taille face à leurs rivales américaines et chinoises, selon un projet de lignes directrices consulté par le Financial Times. Bruxelles va désormais donner plus de poids à « l'innovation, l'investissement et la résilience du marché intérieur » lors de l'examen des deals, élargissant les critères qui, depuis les années 2000, se concentraient principalement sur l'effet des fusions sur les consommateurs (pouvoir de fixation des prix et choix). Un responsable européen parle de lignes directrices « en rupture avec le passé » et d'« une approche ambitieuse qui reflète les réalités d'une compétition mondiale de plus en plus dure ».
Le texte conserve la préservation d'une concurrence effective comme objectif central mais indique que « la croissance et la montée en taille des entreprises… afin d'atteindre la taille nécessaire pour être compétitif au niveau mondial, peut être pro-concurrentielle » et avoir un « impact positif » sur l'UE. Invoquant un contexte géopolitique changé, le document estime que l'économie a « basculé vers des secteurs plus intensifs en innovation, où taille et innovation sont toutes deux critiques pour être compétitif ». La division antitrust est invitée à porter une attention plus fine à « la taille, l'innovation, l'investissement et la résilience comme facteurs pro-concurrentiels susceptibles de bénéficier d'une certaine consolidation ».
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, défend cette « nouvelle approche » plus favorable aux entreprises qui « montent en taille sur les marchés mondiaux ». La résistance vient de certains États membres libéraux et d'une partie de la Commission craignant qu'un assouplissement nuise à l'innovation, freine l'investissement et force les consommateurs à payer plus cher. Les acteurs du M&A et les investisseurs attendent cette réforme depuis longtemps ; elle pourrait débloquer une vague de consolidation dans plusieurs secteurs. La Commission n'a pas souhaité commenter. Source : Financial Times, 16 avril 2026, Barbara Moens.
L’information en une phrase : Le projet de lignes directrices européennes sur les fusions consulté par le FT donnerait, pour la première fois en plus de vingt ans, un poids explicite à la taille, l’innovation et la résilience — ouvrant la voie aux consolidations nécessaires pour faire émerger des champions européens face aux rivaux américains et chinois.
Chiffres clés
Plus grande refonte depuis les années 2000, quand le test prix-consommateur était devenu central.
Objectif central préservé : la concurrence effective reste la référence juridique.
Quatre facteurs nouvellement élevés : taille, innovation, investissement, résilience.
Pourquoi c’est important
Depuis les années 2000, le contrôle européen des concentrations tournait autour d’une question étroite : le deal permet-il à l’entité fusionnée d’augmenter les prix ? Le projet élargit l’angle. L’innovation, la capacité d’investissement et la résilience des chaînes d’approvisionnement deviennent des facteurs pro-concurrentiels à part entière — plus des considérations secondaires. Concrètement, la barre baisse pour les grands deals transfrontaliers dans les secteurs intensifs en innovation (tech, semi-conducteurs, défense, pharma) où la taille conditionne de plus en plus la compétitivité globale. Les entreprises se plaignaient depuis longtemps que l’argument taille était toujours secondaire par rapport à l’évaluation du prix ; la réforme l’amène au premier plan.
À retenir
Si elles sont adoptées, ces lignes directrices changent la probabilité d’approbation des mégadeals européens qui auraient échoué dans le cadre précédent — de la consolidation télécom aux rapprochements bancaires. Les résistances politiques (États membres libéraux, haut fonctionnaires focalisés sur le consommateur) garantissent que le texte final sera âprement négocié. Mais la direction est claire : Bruxelles échange une partie de la protection des prix à la consommation contre la possibilité de faire naître des champions à l’échelle continentale.
Source : Financial Times, 16 avril 2026, Barbara Moens.