Uber abandonne son modèle « asset-light » issu de la gig economy et engage plus de 10 milliards de dollars — dont plus de 2,5 Mds $ en prises de participation et plus de 7,5 Mds $ en achats de véhicules — pour acquérir des voitures autonomes et prendre des positions dans leurs constructeurs. Le groupe a annoncé des partenariats avec plus de 12 fournisseurs dont Baidu, Rivian, Lucid, Waabi et Zoox, et prévoit de lancer des services de robotaxis dans au moins 15 villes en 2026. Son action a baissé de 23% sur six mois alors que Waymo, Tesla et Zoox menacent de contourner la plateforme.
Uber engage 10 milliards de dollars dans les robotaxis, virage stratégique majeur
— Résumé
L’histoire en une phrase : Uber abandonne son fameux modèle « asset-light » et engage plus de 10 milliards de dollars pour acheter des voitures autonomes et prendre des participations dans leurs constructeurs, afin de rester pertinent alors que Waymo, Tesla et Zoox (Amazon) menacent de le contourner entièrement.
Chiffres clés
- Engagement total : >10 Mds $ — >2,5 Mds $ en prises de participation dans des développeurs de véhicules autonomes (AV), >7,5 Mds $ en achats de véhicules.
- Partenariats avec 12+ fournisseurs de robotaxis (dont Baidu, Rivian, Lucid, Waabi, Wayve, Zoox). Services de robotaxis prévus dans ≥15 villes en 2026.
- Accord avec Lucid : 500 M$ d’investissement en capital + au moins 35 000 véhicules (~2 Mds $+).
- Free cash flow d’Uber l’an dernier : 9,8 Mds $ — l’engagement AV dépasse une année complète de génération de trésorerie.
- Action Uber : –23% sur les 6 derniers mois ; chaque annonce de Waymo/Tesla/Zoox l’a fait reculer.
- Part de marché Waymo dans le rideshare américain (dans les villes où il opère) : ~7% ; à San Francisco déjà ~16% contre 62% pour Uber. JPMorgan prévoit Waymo à >7% du marché américain du rideshare d’ici 2030.
- « Take rate » d’Uber (part de chaque course qu’il conserve) : 23% (fin 2020) → 30% (fin 2025) ; le chiffre américain est <20% net des assurances et incitations.
Pourquoi c’est important (jargon expliqué)
- « Asset-light » = Uber ne possède aucune voiture ; ce sont les chauffeurs qui fournissent les véhicules. Un « robotaxi » est un taxi autonome sans chauffeur humain. En achetant des voitures et en prenant des participations chez les constructeurs AV, Uber devient capitalistique — il lui faut de vraies liquidités pour posséder des flottes.
- La « financiarisation » de la flotte : Uber prévoit que des gestionnaires de flotte, des investisseurs institutionnels et des fonds de private credit finiront par financer ces voitures — transformant de fait les robotaxis en classe d’actifs négociable, comme le sont aujourd’hui les data centers.
- Le pari stratégique : si Uber devient le canal de distribution (l’appli où les clients hèlent la voiture), les constructeurs AV auront toujours besoin de lui. Le risque : des géants comme Waymo (Alphabet), Tesla et Zoox (Amazon) passent en direct au consommateur via leurs propres applis — et évincent Uber. Waymo le fait déjà à San Francisco et prévoit la même chose à Londres.
À retenir
Uber défend sa couronne avec de l’argent, pas seulement avec du logiciel. Un pari à 10 Mds $ pour rester la porte d’entrée consommateur des courses autonomes — face à trois des entreprises les plus valorisées au monde.
Source : Financial Times, 15 avril 2026 — Rafe Rosner-Uddin et Tim Bradshaw.
— L'Avis de Delfineo
Le vrai pari porte sur la « financiarisation » : Uber prévoit que des gestionnaires de flotte, des investisseurs institutionnels et du private credit finiront par détenir et financer les robotaxis — transformant les flottes autonomes en classe d'actifs négociable, à l'image des data centers. Si le pari réussit, Uber reste la porte d'entrée consommateur sans porter tout le coût en capital. Sinon, Uber devient structurellement une entreprise capitalistique en concurrence avec trois bilans à mille milliards (Alphabet, Tesla, Amazon). À surveiller : le take rate — déjà redescendu de 30% à moins de 20% net des assurances aux États-Unis.