Une enquête du FT fondée sur des documents divulgués montre que les Gardiens de la révolution iraniens (IRGC) ont secrètement acquis un satellite espion chinois baptisé TEE-01B pour environ 36,6 M$ fin 2024, puis l'ont utilisé en mars 2026 pour photographier des bases américaines avant et après les avoir attaquées. Ce satellite à résolution de 0,5 mètre — dix fois plus précis que le meilleur satellite iranien antérieur — a surveillé au moins neuf sites militaires américains en Arabie saoudite, Jordanie, Bahreïn, Irak, Koweït, Djibouti et Oman.
L'Iran a utilisé un satellite espion chinois pour cibler des bases américaines
— Résumé
L’histoire en une phrase : Une enquête du FT fondée sur des documents divulgués montre que les Gardiens de la révolution iraniens (IRGC) ont secrètement acquis un satellite espion chinois baptisé TEE-01B fin 2024 et l’ont utilisé en mars 2026 pour photographier des bases américaines avant et après les avoir attaquées.
Chiffres clés
- Valeur du contrat : ~250 M de yuans (~36,6 M$), signé avec l’entreprise chinoise Earth Eye Co (satellite) et Emposat (contrôle au sol).
- Résolution des images satellite : 0,5 mètre — suffisamment nette pour identifier des avions individuels. Soit 10× mieux que le meilleur satellite militaire iranien antérieur (Noor-3, ~5 m) et 20 à 30× mieux que l’ancien Noor-2 (12–15 m).
- Cibles photographiées au moment des frappes iraniennes : base aérienne Prince Sultan (Arabie saoudite, frappée le 14 mars — 5 avions ravitailleurs américains endommagés) ; base aérienne de Muwaffaq Salti (Jordanie) ; base de la 5ᵉ Flotte américaine (Bahreïn) ; aéroport d’Erbil (Irak) ; Camp Buehring et Ali Al Salem (Koweït) ; Camp Lemonnier (Djibouti) ; aéroport de Duqm (Oman).
- Sites civils du Golfe également surveillés : port de Khor Fakkan, usine de dessalement de Qidfa (EAU), fonderie d’aluminium Alba (Bahreïn).
Pourquoi c’est important (jargon expliqué)
- L’« in-orbit delivery » est un modèle d’exportation peu connu : la Chine lance un satellite, puis en transfère le contrôle à l’acheteur étranger une fois qu’il est déjà en orbite. Sur le plan stratégique, cela signifie que la capacité iranienne ne peut pas être neutralisée en frappant une station au sol en Iran — le réseau de contrôle reste en Chine.
- Emposat entretient des liens étroits avec la Force aérospatiale de l’Armée populaire de libération chinoise ; les dirigeants d’Earth Eye sont issus d’universités liées à l’armée chinoise.
- Le ministère chinois des Affaires étrangères a qualifié le rapport de « mensonger ». Les États-Unis ont averti Pékin de ne pas fournir à l’Iran de systèmes de défense aérienne.
À retenir
C’est la preuve la plus claire à ce jour que la Chine fournit discrètement à l’Iran des capacités de renseignement de qualité militaire, via des entreprises spatiales nominalement « commerciales » — brouillant la ligne civil/militaire et élevant les enjeux géopolitiques de la guerre en Iran.
Source : Financial Times Investigations, 15 avril 2026 — Miles Johnson, Peter Andringa, Alison Killing, Charles Clover, Demetri Sevastopulo.
— L'Avis de Delfineo
L'innovation clé n'est pas le satellite en lui-même — c'est le modèle d'exportation « in-orbit delivery ». La Chine lance le satellite, puis en transfère le contrôle à l'acheteur étranger une fois qu'il est déjà en orbite, les stations de contrôle au sol restant en Chine. Ce qui signifie que la capacité de surveillance iranienne ne peut pas être neutralisée par des frappes israéliennes sur l'infrastructure au sol en Iran. Pour les investisseurs, le signal est que la frontière civil/militaire dans le spatial commercial chinois est de fait fictive, et que les contrôles à l'exportation américains vont se durcir sur l'ensemble de la chaîne de valeur satellite chinoise.